La visitation prépare en secret Noël ....
Dis, c'est quoi la visitation?
Une fois de plus c'est l'église de Cernay qui relaye ces informations.
L'an dernier, ils avaient traité la nativité et l'entrée vers Jérusalem, jour des Rameaux.
Et je vous livre ci dessous en brun ce que j'aurai une petite chance de retenir.
Je l'ai rédigé sous forme de questions réponses.
Bon, inutile de retenir par ♥, mais une fois devant une illustration, j'aurai bien envie de reconnaître certains éléments.
Et comme d'habitude pour ce style de billet, point besoin de croire, d'avoir la foi, ça peut se voir comme une manière de comprendre les œuvres présentes dans nos musées, églises, chapelles et cathédrales, façon histoire de l'art.
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Personnes concernées par la visitation?
- Marie qui attend le futur Jésus
- Elisabeth sa cousine qui attend le futur Saint Jean Baptiste, celui qui baptise dans l'eau du Jourdain.
Comment les reconnaître?
Marie est souvent représentée plus jeune qu'Elisabeth sa cousine, appelée la stérile.
Elizabeth femme mariée est voilée, et Marie pas encore mariée, pas voilée sur la majorité des représentations, boucles bien visibles.
Quelle est la prière née de la rencontre entre Marie et Elisabeth?
C'est le " je vous salue Marie " prononcé par Elisabeth.
Dis, c'est quoi une " grossesse transparente "?
On peut parfois voir Jésus et Jean Baptiste situés à l'intérieur de leur mère respective.
Comme par transparence. Mais leur position n'est pas à la manière d'une planche d'anatomie.
Comment distinguer Jésus de Jean Baptiste?
Jean Baptiste est souvent en position agenouillée, mains jointes, au niveau poitrine ou ventre de sa mère Élisabeth.
En ce dimanche, 4 ème de l'avent, 19 décembre, le sermon parle de cette visitation.
Entendu à la télé, jour du Seigneur sur la deux.
Une chapelle à Strasbourg, qui accueille aussi des détenus en fin de peine.
Afin de raccourcir votre temps de lecture,
j'ai allégé le texte original, et mis certaines phrases en gras.
Du coup, après avoir pris connaissance des questions réponses ci dessus, il suffit juste d'observer les peintures ci dessous, et découvrir à votre rythme.
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Avant de reprendre le thème de la visitation,
je viens vous souhaiter de bonnes fêtes de Noël.
À chacun selon sa manière.
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Ci dessous, un commentaire pas si innocent laissé en préambule de tous les commentaires d'œuvres visibles ci-dessous.
Merci à Cernay d'avoir relayé cette information.
" Mais...Marie est aussi devenue l’image même de la femme parfaite et soumise.
Cette attitude a été véhiculée et imposée aux femmes pendant des siècles ! " ...
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Place aux informations précisées par l'église de Cernay, Haut Rhin.
C'est l’ange Gabriel ( celui de l'annonciation à Marie ), le messager de Dieu, qui a informé Marie : « ...Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la
stérile... »
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Le texte biblique dit que Marie était vierge et qu’Elisabeth était très âgée et stérile.
Donc phénomène surnaturel uniquement possible par l’intervention divine.
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Luc 1,39-45 La VISITATION et le " je vous salue Marie " ...
« En ces jours-là, Marie part et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth. Et il advint, dès qu’Elisabeth eut entendu la salutation de
Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Elisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Alors elle poussa un
grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! Et comment m’est-il
donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé
mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en
l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »
Nous retrouvons ici des paroles de la prière du « Je vous salue Marie »
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Maintenant profitez bien des illustrations.
Pour les textes j'ai mis en gras, certains éléments, afin de ne pas trop encombrer notre mémoire.
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1
2
Cette scène, peinte entre 1302 et 1305 par Giotto, orne la chapelle des Scrovegni à Padoue.
Dans un autre billet j'ai aussi croisé ce lieu, qu'il devient urgent d'aller visiter :-))
Elisabeth en jaune se penche avec sollicitude vers Marie. On assiste à un bel échange de regards
et on peut se laisser aller à imaginer le dialogue qui a suivi ... Le visage d’Elisabeth est sillonné de
rides et ombré pour souligner son âge.
3
Jacques Daret est un peintre néerlandais. Cette oeuvre faisait partie du retable de l’abbaye
St-Vaast à Arras qui illustrait l’enfance de Jésus. Ce panneau de 57 X 52 cm datant de 1433/1435
est aujourd’hui à la Gemäldegalerie de Berlin.
Marie et Elisabeth sont à droite du tableau ... pour laisser de la place à l’évêque donateur Jean
de Clercq ?
Tout est opulence, les vêtements des deux femmes, le château à gauche, la mitre et la crosse de
l’évêque, mais notre regard est tout de même attiré par les gestes et les regards de Marie et
Elisabeth, qui va jusqu’à toucher le ventre de Marie.
Elisabeth est voilée conformément à la
tradition et contrairement à Marie qui a libéré ses longs cheveux.
4
Deux dames flamandes du XVème siècle se rencontrent; elles n’ont ni auréole, ni signe distinctif.
Leurs mains et leurs yeux se parlent.
Chacune ausculte la vie qui bat chez l’autre. ♥ ♥ ♥
Le bleu de son manteau met en valeur ses cheveux tombants sur ses épaules; pas encore mariée, Marie ne porte pas de voile.
Elisabeth est vêtue plus simplement, mais le rouge de son manteau
qui tranche avec le vert du paysage annonce déjà le destin tragique de son fils.
Oeuvre du grand Rogier Van der Weyden, peinte en 1445 et visible au Museum der Bildenden
Künste à Leipzig.
5
Une Visitation rhénane que vous pourrez aller admirer au musée Unterlinden de Colmar.
Elle fait partie du retable des Dominicains de Colmar peint vers 1480 par l’atelier de Martin
Schöngauer et composé de 24 panneaux représentant la vie de Marie, puis le cycle de la Passion.
Tout est grâce, douceur et sérénité dans cette rencontre. Marie et Elisabeth se touchent par le
regard et par les mains.
Même la scène bucolique en arrière plan contribue au côté paisible de la scène. Bien sûr, on peut
y voir une préfiguration de l’annonce aux bergers durant la nuit de Noël.
Visible à Colmar, j'irai le voir en vrai .....
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Le culte marial s’est développé à partir du 15ème siècle : Domenico Ghirlandaio nous le prouve
avec cette oeuvre de 1491 aujourd’hui exposée au Louvre.
Elisabeth s’abaisse, mais Marie s’incline pour la relever. Ses mains sont appuyées sur les épaules
d’Elisabeth, signe de salutation aussi.
Les deux femmes présentes à leurs côtés figurent dans les traditions apocryphes : à gauche,
Marie Jacobie, demi-soeur de Marie, enceinte et peinte en mémoire d’une jeune femme de la
famille du commanditaire, morte enceinte. La femme de droite est une autre demi-soeur de Marie,
Marie Salomé. Elle joint les mains en signe de respect.
Tous les regards sont tournés vers la gauche, le passé, l’Ancien Testament; seule Marie est
tournée vers la droite, vers l’avenir.
7
« Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » C’est ce que
proclame le bandeau noir au-dessus des personnages (Et unde hoc mihi ut veniat mater domine
mei ad me )(Luc 1, 43).
Cette Visitation moins connue peinte par Pietro di Francesco degli Orioli en 1490 est exposée à la
Pinacothèque nationale de Sienne.
Les deux cousines, au centre, se tiennent par les mains. Il s’agit bien d’un salut, empreint des
sentiments à la fois les plus respectueux et les plus modestes que se rendent deux femmes qui
savent le caractère miraculeux de leur grossesse.
Des couleurs douces, un peu passées : Marie en blanc, Elisabeth en marron et voilée comme le
veut la tradition.
8
Une étonnante composition pour cette Visitation (1528-1529) de Jacopo Pontormo, se
trouvant dans l’église de Carmignano en Toscane. Marie et Elisabeth, de profil,
s’étreignent, échangent des regards d’affection mutuelle, tandis que deux femmes à
l’arrière plan fixent le spectateur et ne participent d’aucune façon à la scène. On peut
relever leur ressemblance avec les protagonistes principales, des doubles en quelque
sorte. La servante âgée représente la vieille humanité attendant le renouvellement de
l’homme. La jeune servante est l’image de la nouvelle Eve, Marie.
Les quatre personnages du tableau forment comme quatre piliers en une sorte de
parallélépipède aux couleurs intenses.
La composition est particulièrement originale avec
l'extension des bras et la longueur des étoffes aux lignes arquées des plis qui sont de
grande élégance et qui amplifient les volumes.
Le tableau nous laisse sous le charme de l'étreinte et l'échange impénétrable des deux
femmes. La présence divine est subtilement signifiée par la fine ligne d’or qui encercle leur
tête.
Le lieu de la scène est à peine perceptible en raison de ces immenses silhouettes qui
structurent le tableau, mais l'on devine au loin une rue, sans doute de Florence. C'est une
peinture presque musicale, les lignes sont dansantes et accentuées par la position
rythmée des pieds des deux figures principales.
Et voici comment le vidéaste Bill Viola a réinterprété la scène en 1995.
9
Cette oeuvre non signée date de 1630 et figure à la National Gallery de Londres. Les experts
pensent qu’elle vient d’un atelier français ou d’Italie du Nord.
Cette œuvre a été choisie, malgré sa tonalité sombre, pour montrer que les artistes interprètent
différemment les textes, ajoutent des personnages selon ce qu’ils pensent vraisemblable ou selon ce qu’ils veulent démontrer.
Ici, Marie et Elisabeth sont accompagnées de leurs époux. En effet, on a du mal à imaginer que
Marie, enceinte, soit partie seule, par monts et par vaux, pour retrouver Elisabeth.
C’est aussi l’instant de la salutation. Elisabeth a un geste protecteur envers Marie.
Les deux hommes se tiennent en retrait de leurs épouses.
Joseph a son bâton de marche et porte un sac. Marie porte son manteau de voyage. Zacharie se
tient sur l’escalier de sa maison, le chapeau à la main. Il s’apprête à saluer Marie.
10
A partir du 14ème siècle jusqu’au début du 16ème siècle, essentiellement dans les
régions germaniques, on trouve des images du Christ et de Jean-Baptiste
représentés avant leur naissance sous forme de petits embryons, soit intra-utérins,
soit extra-utérins (devant le ventre, devant la poitrine).
On les appelle parfois «grossesses transparentes» (François Boespflug)
Ces représentations d’embryons sacrés ne sont guère réalistes : les petits corps
sont des modèles réduits d’enfants déjà grands. On ne s’intéresse pas à la
morphologie évolutive de l’embryon, mais seulement à sa figure humaine qui
renvoie elle-même au Créateur, dont elle est l’image
En voici une première illustration : l’église
romane St Georges Sogn Gieri située à
Rhäzüns dans les Grisons comporte tout un
cycle de fresques du 14ème siècle.
Jésus et Jean-Baptiste sont des enfants
miniature « encastrés » en quelque sorte
dans leurs mères.
Remarquez la proximité des deux femmes,
plutôt rare à cette époque et la modernité de
la représentation
11
Cette très belle lettrine ( lettre enluminée) orne un graduel (recueil de chants) appartenant au couvent de
Wonnenthal. Ce manuscrit du début du 14ème siècle est aujourd’hui conservé à la Badische
Landesbibliothek de Karlsruhe.
On distingue donc très bien les enfants, à
hauteur du buste, déjà auréolés et se faisant face comme leurs mères qui se tiennent à la fois par
l’épaule et les mains, ce qui donne une forme de cœur.
Ce ne sont plus deux paires d’yeux qui se regardent, mais quatre ....
12
Cette représentation se trouve dans un traité de théologie intitulé « speculum humanae
salvationis » (miroir du salut humain), répandu au 15ème siècle ; l’auteur anonyme y confronte des
scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Sur ce manuscrit conservé au Benediktiner kollegium de Sarnen (Suisse), Marie et Elisabeth sont
étroitement enlacées, leurs ventres se touchant pratiquement.
Les enfants sont bien apparents, dans une mandore blanche.
Dans ce type de représentations, les embryons ont des postures codées : en conformité avec le
texte évangélique, le petit Jean-Baptiste est agenouillé devant Jésus qui le bénit.
Plus visible sur l'illustration n°14.

Pas TOP l'illustration.
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13
Elisabeth accueille Marie devant sa maison. Leurs visages se touchent, leurs auréoles se
superposent.
Jésus est assis comme sur un trône, droit, la tête entourée du nimbe crucifère, la main
droite levée et bénissant. Le corps de Jean-Baptiste se fond dans la couleur de la robe
d’Elisabeth. Lui aussi est auréolé; jambes pendantes, il se prosterne profondément, le haut du
corps à l’horizontale.
Cette Visitation à enfants apparents est l’une des seules hors du domaine germanique : elle orne
la nef de l’église Ste Croix de Pelendri (Chypre) et date de la fin du 14ème siècle.
14
Cette Visitation est une partie d’un antependium (devant d’autel) de 1410 qui se trouvait à
Strasbourg et est aujourd’hui conservé au Musée des Arts appliqués de Francfort sur la Main.
Les enfants sont au même stade de développement : une fois de plus, la vraisemblance n’était pas
importante, l’essentiel est dans le symbole : Jean-Baptiste est à genoux devant Jésus qui le
bénit.
La scène est empreinte de gravité, mais aussi de sérénité.
Admirez le beau décor végétal avec quelques animaux disséminés ça et là.
15
A gauche, la Trinité tient conseil.
Assis sur un large trône, porteur d’un barbe
grise et d’une tiare argentée et dorée, Dieu
le Père est revêtu d’un ample manteau
rouge brodé d’or. A sa gauche, le Fils,
debout, humblement incliné, un agneau
couché à ses côtés. Entre les deux, un
grand livre aux pages blanches. Au-dessus,
une colombe aux ailes déployées...La
Trinité décide d’envoyer le Fils dans le
monde pour lui apporter le salut...
Et c’est à droite de cette scène que le
peintre nous montre dans la Visitation,
l’Incarnation réalisée... avec les deux petits
enfants. Deux femmes enceintes. Marie,
jolie jeune fille aux longs cheveux tombant
sur son manteau bleu; Elisabeth plus âgée, vêtue de rouge et voilée. Chacune désigne
l’enfant de l’autre et ce geste des mains et des bras dessine comme une corbeille, une
nacelle accueillante dans laquelle les enfants à naître sont placés face à face. Jean-
Baptiste est en prière à genoux devant Jésus assis.
L’oeuvre, intitulée « Der Ratschluss der Erlösung » (Le décret du salut ou de la rédemption) peinte
en 1444 par le suisse Konrad Witz est exposée à la Gemäldegalerie de Berlin.
16
Ce manuscrit du 15ème siècle consacré à la vie de Jésus est conservé au musée Condé de
Chantilly (Oise).
Marie et Elisabeth, au centre de la composition, sont accompagnées de leurs époux. Ce sont
leurs enfants qui permettent de les reconnaître : le futur Jean-Baptiste s’incline devant celui qu’il
reconnaît comme Seigneur, donc Marie est à droite cette fois, vêtue d’un manteau bleu et
Elisabeth à gauche. L’artiste n’a pas marqué la différence d’âge des deux femmes. Par contre
Zacharie et Joseph sont tous deux bien avancés en âge ...
Remarquez la main de Dieu le Père dans le ciel, au-dessus de la scène. Sa main, nimbée comme
l’auréole de Jésus, désigne et bénit Marie et Jésus.
17
Cette Visitation de l’école souabe (région du Rhin supérieur)(1430-1435) est étonnante à plus d’un
titre . Humblement placé derrière Marie, visage tendu vers elle, un ange tient le manteau de Marie;
c’est l’unique cas où une Visitation donne à voir un ange descendu du ciel et posé sur la terre.
Plus étonnante encore, l’attitude très protectrice de Marie envers sa cousine.
Enfin, on peut constater une différence de développement des grossesses des deux femmes :
Elisabeth, appuyée sur une canne et la tête enveloppée d’une guimpe qui souligne son visage
ridé, a la taille fine dans sa robe mauve, tandis que Marie dans une posture légèrement cambrée
met en avant son ventre gonflé ... Marie est pourtant tout début de sa grossesse... Pour autant,
chacune porte sur son ventre un médaillon identique à rayons dorés sur lesquels on distingue
Jean-Baptiste à genoux et Jésus debout ....
Ces particularités visent bien sûr à donner la préséance à Marie, future mère de Jésus.
L’oeuvre intitulée Visitation à la canne est au musée des Beaux-arts de Lyon.
18
Cette Visitation de Konrad von Friesach (1450-1460) se trouve dans le village
autrichien de Sankt Lambrecht.
Elle est exceptionnelle au sens où l’on voit un seul enfant sur l’ample robe rouge
d’Elisabeth. Un fin trait d’or dessine une mandorle à l’intérieur de laquelle quelques
rayons entourent le corps nu de Jean-Baptiste, agenouillé et les mains jointes.
Cette représentation est la la plus proche de l’évangile : au moment de la
rencontre, la grossesse de Marie en est à ses débuts et seul Jean-Baptiste s’est
manifesté en tressaillant dans le ventre de sa mère...
Elle est exceptionnelle aussi par sa fraîcheur.
19
Dans un décor médiéval à souhait, le voyage accompli par Marie et le déplacement d’Elisabeth
venue à sa rencontre sont matérialisés par un chemin de couleur claire qui serpente. Elisabeth
serre entre ses deux mains la main et le poignet gauche de Marie, qu’elle semble vouloir retenir
près d’elle.
Les enfants sont cette fois présents sous forme d’étoiles dorées aux branches rayonnantes
qui font écho aux auréoles des deux femmes.
Cette Visitation de 1462 est l’un des seize panneaux du retable de l’église St Georges visible
aujourd’hui au musée de Nordlingen. Friedrich Herlin, peintre bavarois, originaire de Nordlingen a
peint d’autres Visitations, notamment celle du retable des Douze Apôtres figurant dans l’église de
Rothenburg ob der Taube et celle de l’abbaye de Krems (Autriche) que nous découvrirons demain.
20
Cette Visitation des années 1490-1500 est du même peintre Friedrich Herlin, mais elle est
postérieure dune trentaine d’ années. Elle est conservée à l’abbaye bénédictine de Krems
(Autriche) et fait partie du retable de St Georges.
Ce qui frappe, c’est la beauté et la grâce de Marie et Elisabeth, jeunes toutes deux. La rencontre
a lieu dans un paysage de prairies d’un vert intense se terminant par un fond or où s’intègrent les
auréoles des deux femmes.
Elisabeth tend les bras et prend la main et le poignet droit de Marie ... bienveillance et
empressement. Sous leurs mains sont placées deux mandorles de rayons dorés. Tournées vers le
spectateur, elles contiennent les enfants, qui se regardent, comme leurs mères.
Pour une fois, on voit de vrais bébés, craquants et non des enfants en miniature.
Une oeuvre magnifique, colorée, sereine.
21
La rencontre a lieu devant une architecture stylisée de château. Marie et
Elisabeth, ont toutes les deux les yeux baissés vers leurs enfants. Derrière elles, on
aperçoit un chemin qui serpente et à l’arrière plan le fond est encore doré comme
à l’époque gothique.
Les enfants sont représentés par transparence. Jésus est un peu caché par le bras
de Marie qui salue sa cousine.
Une oeuvre un peu naïve , mais pleine de charme. Elle a été peinte entre
1451 et 1500 et figure au musée Lazaro Galdiano de Madrid.
22
Marie et Elisabeth se regardent. Elles ne semblent pas prêter attention aux enfants, peu
apparents, représentés sur leur ventre, sous leurs avant-bras réunis. Leurs visages
n’expriment ni surprise, ni joie particulière, plutôt l’humilité et l’acquiescement à ce qui
leur a été annoncé et se réalise.
Jésus est debout dans une mandore dorée, Jean-Baptiste à genoux.
L’oeuvre (1505) est de Hans Jakob Strueb, elle faisait autrefois partie d’un retable et se
trouve aujourd’hui au musée Thyssen de Madrid.
23
Max Reichlich a peint cette Visitation en 1511, elle fait partie du retable de la vie de Marie qui se
trouve aujourd’hui à l’Alte Pinakothek de Munich.
La scène se déroule dans un lieu public, à proximité d’une église. A l’arrière plan, une ville.
D’autres femmes sont témoins de la scène, sans se douter de son importance.
L’attention se concentre sur les mains de Marie et Elisabeth, mains qui traduisent salutation,
accueil bienveillant, consentement humble. Cette sorte de dialogue non verbal se reproduit sous
leurs mains en deux minuscules mandorles rayonnantes où Jean se prosterne devant Jésus.
Les ventres se touchent, les enfants sont exactement face à face, formant pour ainsi dire le
« noyau » de l’image. Les mères n’expriment ni surprise, ni perception des mouvements de leurs
enfants; elles n’ont pas de regard pour eux. Ils sont là pour être vus par le spectateur, pour lui
montrer l’Incarnation.
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«embryons visibles» au nom de la théologie (Jésus est un vrai homme et il s’est
développé peu à peu dans le ventre de Marie, il n’a donc pas pu descendre sous
forme d’un petit homme déjà tout formé des mains de son Père), mais aussi au
nom de la décence, ce qui est la marque d'une nouvelle sensibilité.
Il devient désormais "indécent" de représenter des conceptions, des grossesses et
même des naissances sacrées. Les représentations de Vierges enceintes avec
embryons ont disparu au cours du XVIIe siècle au fur et à mesure que
progressait la Contre Réforme.
Et curieusement, ces représentations vont revenir au 20ème siècle.
Pour preuve, ce vitrail de Taizé, intitulé Magnificat, dans l’église de la Réconciliation
(1962), dessiné par le frère Eric de Saussure, artiste et membre de la communauté.
Elisabeth nous fait face, elle ouvre déjà les bras. Marie est élan: elle surgit de profil,
les bras tendus vers Elisabeth.Son regard nous invite à nous tourner vers l’autre.
Les deux enfants ont aussi les bras tendus l’un vers l’autre.
L’image est particulièrement réconfortante en nos temps de repli sur soi ...
bonus
LA VISITATION DANS L’EGLISE DE STEINBACH
Dans notre communauté de paroisses, seule l’église de Steinbach comporte deux représentations de
la Visitation qui datent des années 1925-28. Cette église, bombardée dès l’hiver 1914-15, a été
reconstruite presque à l’identique après la guerre.
Sur le bas-côté droit, cinq vitraux montrent le mystère joyeux du rosaire : annonciation, la Visitation,
la Nativité, la Présentation au Temple et Jésus devant les docteurs de la Loi
Dans le chœur, deux bas-reliefs en bois se font face. Ils expriment la louange à Dieu.
Le roi David jouant de la harpe pour l’Ancien Testament.
La Visitation avec le Magnificat de Marie pour le Nouveau Testament.
25 _ 1
Du peintre Arcabas, une Visitation tout en mouvement : les deux femmes sont en marche l’une
vers l’autre; la position des pieds, le mouvement du manteau de Marie le soulignent.
Bras tendus, elles sont prêtes à s’étreindre. Marie a l’air à peine plus jeune qu’Elisabeth.
Arcabas a exprimé le mystère à sa façon : la grossesse de chacune des femmes est marquée par
une croix d’or à hauteur du ventre; ces croix font pressentir la rencontre des deux enfants. La
croix représentant l’enfant de Marie semble sortir, aller vers l’autre croix.
Avez-vous remarqué au bas du manteau de Marie comme une page qui se tourne : un monde
nouveau va advenir.
La rencontre a un témoin, Zacharie, qui observe la scène, les yeux grands ouverts. Lui qui n’a pas
cru aux paroles de l’ange reste muet sur le pas de la porte, il contemple le début de la réalisation
des promesses de l’ange.
Cette oeuvre de 1995-97 se trouve au palais archiépiscopal de Malines (Belgique), elle fait partie
du polyptyque « L’enfance du Christ ».
25 _ 2
Les deux femmes sont représentées en buste à St Hugues de Chartreuse, l’église qu’Arcabas a
entièrement décorée et qui reçoit plus de 100 000 visiteurs par an.
Les noms de Marie et Elisabeth sont inscrits en rouge (par souci de pédagogie à l’adresse des
visiteurs incroyants ).
Elles s’embrassent, heureuses de se revoir.
L’accent est mis sur les mains qui se rejoignent, les bras qui soutiennent. Les deux mains qui se
détachent sur le fond expriment la communion, l’attente partagée des deux femmes.
Marie est peinte avec des couleurs chaudes, cheveux bruns et robe rouge brodée d’or. Couleurs
froides et et coiffe gris-bleu pour Elisabeth.
Le fond sombre met les deux profils en valeur.
26
Ce panneau de Rogier van der Weyden, fait partie du retable consacré à saint
Jean Baptiste (1455-1460), les deux autres panneaux étant consacrés au baptême
de Jésus et à la décapitation de Jean Baptiste. Il se trouve à la Gemäldegalerie de
Berlin.
Une arcade d’entrée dans une cathédrale gothique divise la scène en deux parties :
au fond la chambre à coucher où Élisabeth a mis au monde son fils. Elle est
assistée de sa servante et repose sur un somptueux lit à baldaquin tendu d'un
superbe rideau rouge vif.
Au premier plan, Marie discrètement auréolée présente l'enfant au vieillard
Zacharie encore muet et qui tient une plume pour écrire le nom de son fils qu'il
appellera Jean.
Les lumières sont brillantes, les couleurs sont vives, tout annonce la venue d'un
monde nouveau.
27
La Chapelle Maria-Raydt de l’église de Ribeauvillé est ornée depuis 2016 d’un retable du jeune artiste Christoff Baron figurant une Pieta entourée de scènes de la vie de Marie. Voici donc sa Visitation et sa Nativité. Remarquons simplement que Marie, reconnaissable sur tous les panneaux à son manteau bleu et à de discrètes fleurs de lys, a quitté son voile et a l’air fatiguée par son accouchement …. Accompagnée de Joseph, elle présente son fils aux rois mages. Plus de parents agenouillés devant un bébé nu dans un berceau de paille … mais un couple prêt à protéger et accompagner son enfant. …
En bonus.
Visite d'une église du Haut Rhin, cette visitation.
▼
SI vous êtes arrivés jusqu’ici, et que vous voulez vous nettoyer la mémoire, je vous propose ce système vu dans les films " Men In Black ", l'agent nous flash-ouille afin d'oublier ....

Et une fois tout oublié, nous serons plus cultivé,
vu que la culture c'est ce qui reste après avoir tout oublié ... ( Édouard Herriot )
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